Si je parle assez souvent de photographie sur ce blog, il est en revanche plus rare que je connaisse personnellement le photographe. C'est le cas de Bernard, avec qui j'étais au lyçée, dont j'ai découvert le photoblog via Facebook. J'aime tout particulièrement ses portraits, élégants et complices. Un genre particulièrement délicat qui me renvoie à ces quelques mots d'Henri Cartier-Bresson que je citais dans une précédente note : je cherche surtout un silence intérieur. Je cherche à traduire la personnalité et non une expression.
Toute la difficulté du dialogue qui s'instaure entre le sujet et le photographe. Ici, la complicité se lit jusque dans les regards. Probablement un proche. Tel autre, plus distant. Un inconnu ? Finalement, est-ce le photographe qui n'a pas su capter l'instant ou le sujet qui ne se livre pas ?
Le portrait photographique présuppose toujours un pacte dont l’enjeu est la rencontre et la négociation de deux désirs. Or il n’y a aucune raison pour que le désir d’œuvre du photographe et le désir d’image du portraituré coïncident : de ce fait, le portrait rencontre toujours sa vérité dans la manière dont il négocie la tension entre des regards qui se croisent et qui s’éprouvent mutuellement.
Les portraits de Bernard sont le reflet de ce dialogue incessant toujours plus évident à établir avec ceux que l'on connaît intimement. Moins avec ceux qu'il faut dévoiler en un court instant. Mais au final, de qui s'agit-il réellement ? Peut-être bien plus d'un autoportrait. Un autre regard sur soi, qui n'est jamais aussi intéressant que lorsqu'il s'affranchit du quotidien et du "visuel" pour interroger par l'image les relations qu'il entretient aux autres.
Fort de deux nouveaux Eisner awards obtenu pour sa mini série Batman : Year 100, Paul Pope demeure l'une des icônes de la scène underground américaine. Relativement méconnu en France, il fait aujourd'hui l'objet d'une nouvelle traduction avec Heavy Liquid publié aux éditions Dargaud.
New-York, quelque part entre le futur et demain.
"S" est un camé dopé à l'heavy liquid, une substance euphorisante proche du métal liquide. Recherché par une bande de clowns sur-stuffés et armés, il est embauché par un riche collectionneur pour retrouver LA plus grande artiste du moment, et lui proposer de réaliser son grand oeuvre : une sculpture à base de heavy liquid...
J'adore les mangas, j'adore les comics, j'adores les bandes dessinées, j'adore la science fiction, j'adore le rock'n'roll. Je cherchais une idée qui me permettrait de mixer ces impulsions diverses en une seule histoire, un barrage de bruits visuels qui se lirait comme une bd du futur. Mais le futur qui fait peur, le futur hurlant - un endroit où les gens deviennent des machines, où ils vivent dans des quartiers en ruines, où ils dorment dans des cités-ghettos et se déplacent plus vite que les requins dans le grand bleu de l'océan, un monde de visages masqués, de toxicomanies, de secrets et d'illusions arrachant de minuscules victoires à un monde dévasté.
Pur produit du récit d'anticipation du milieu des années 90 doublé d'une amourette piteuse, Heavy Liquid
n'a rien de l'épopée fulgurante, visionnaire ou romanesque. Paul Pope
promène son double de papier dans un univers fantasmé, riche en
concepts et personnages hallucinés, une fantaisie en somme qu'on ne
retrouve guère ailleurs que dans les rêves. Et pourtant, Paul Pope nous
entraîne au coeur de son propos moins
à la force des mots, qu'au rythme électrisant d'un flot d'image
ininterrompu. A la légèreté scénaristique répond l'explosivité
graphique d'un auteur nourri d'influences cosmopolites allant des
comics de Jack Kirby et Alex Toth aux grands européens, Pratt en tête,
en passant par le manga auquel il emprunte sa dynamique narrative toute
particulière. Véritable manifeste grunge, Heavy
Liquid est l'un des albums incontournables de la fin d'année, un "barrage de bruit" lésé par un staccato scénaristique maladroit, mais visuellement assourdissant.
« Chryde, this is Zach from beirut. I was extremely excited to hear of the possibility to fly out to paris to play a show...but alas, the timing is off. on may 31st I’ll be in the midst of preparing a tour with a live band around the east coast....But I was hoping that you keep me in mind, and if I were to go out to europe later this year, Some extra help in paris would be ideal...Its been about a year since I was last there. probably my favorite place in all western europe. »
C’était en avril 2006. Gulag Orkestar venait de sortir. Sans savoir trop pourquoi, j’avais écrit à Zach Condon, avec dans l’idée de le faire venir jouer à Paris. Cela n’était pas allé plus loin que ces deux mails. Six mois plus tard, je le croisais pour la première fois, pour tenter un Concert à emporter. Il avait les yeux dans le vague, il avait juste dit qu’il était épuisé, le lendemain il annulait sa tournée. Trop optimistes, trop présomptueux, nous avions déjà marqué « Beirut » sur nos flyers. Ce n’était que partie remise, quarante numéros : voici Beirut, Concert à emporter n°64.
Cette histoire pourrait être écrite sur des pages. Apprendre que Zach a toujours envie de faire un Concert à emporter. Une rencontre au concert de Blonde Redhead. Un resto, deux, une terrasse sur laquelle je lui montre le Concert à emporter du Kocani Orkestar, le regard d’un gamin surexcité, l’organisation de la soirée, la fin de ses deux mois à Paris. Et au milieu, une fin d’après-midi, enfin...
Réagissant aux propos de Nicolas Sarkozy à la ministre de la culture, Mme Albanel, Cédric Kalpisch publiait hier dans les pages du journal Le Monde un texte très juste sur les dangers liés à la "blockbusterisation" de l'industrie cinématographique et à ce que j'appelle régulièrement la tyrannie du populaire.
Si notre métier contient une part de rêve, être "réalisateur", au sens littéral, c'est rendre réels ces rêves. Si nous aidons les spectateurs à fuir la réalité avec nos images, notre but est aussi que ces images les renvoient autrement à la réalité. Le cinéma doit sans doute divertir, mais il doit aussi avertir. Un réalisateur doit plus aider les gens à se "tourner vers" qu'à se "détourner". Il ne doit pas "endormir", mais donner à voir, informer, éveiller la curiosité.
Woody Allen m'a averti des paradoxes du couple. Federico Fellini m'a éclairé sur les mystères de la masculinité, Jane Campion sur les mystères de la féminité. Jean Renoir m'a parlé de ce qui dépasse les classes sociales, Charlie Chaplin de ce qui n'échappera jamais aux classes sociales, Abbas Kiarostami de l'intelligence contenue dans la simplicité, Jean-Luc Godard de la simplicité contenue dans l'intelligence, Martin Scorsese de la beauté de la violence, Alain Resnais de l'horreur de la violence, Pedro Almodovar du fantasme contenu dans le réel, Alfred Hitchcock du réel contenu dans le fantasme...
Tous ces cinéastes m'ont aidé à vivre. Ils m'ont autant diverti qu'averti. Ils m'ont aidé à aborder des problèmes quotidiens sans me donner de leçons. Ils m'ont donné des éléments de réflexion sans que je sache que c'était de la réflexion. Ce "reflet" du monde n'est pas juste un effet de miroir, c'est ce qu'on appelle un regard. Bizarrement, plus ce regard est personnel, plus il sera universel. Moins il sera consensuel et formaté, plus il sera général. La culture a ceci de particulier qu'elle n'est pas conçue a priori pour satisfaire le public, même si au fond elle s'adresse à tous. On pourrait croire qu'avec Internet il y aura toujours plus d'espaces pour plus de films. Non ! Paradoxalement, plus on ouvre de fenêtres et plus les portes se ferment. La multiplication des espaces de diffusion accentue la logique de l'Audimat et l'omniprésence des block-busters. Le résultat : un formatage sans précédent des oeuvres. (...)
Se borner à laisser faire le marché en matière de culture, c'est tuer la culture.
Lire l'intégralité du texte sur le site du Monde.
En 1959, Burt Glinn débarque à Cuba en pleine révolution castriste, au lendemain de la fuite du président Fulgencio Batista. Pris dans un premier temps au coeur des affrontements, il quitte rapidement les rues de La Havane et les insurgés pour se mêler à la foule qui dans les campagnes acclame déjà Fidel Castro. Témoin privilégié et attentif, il capture ainsi l'atmosphère unique de l'instant révolutionnaire : les combats, les exécutions sommaires comme les moments de liesse lorsque la foule salue le libérateur d'un jour.
Plus que de simples documentaires, ces podcasts rendent hommage à la richesse et la subjectivité du regard porté par les photographes de l'agence sur l'histoire et le monde qui les entourent depuis maintenant plus de soixante ans. Limités jusqu'alors au domaine de l'écrit, les photographes trouvent aujourd'hui, grâce à internet, l'opportunité de donner une voix à leurs images et à leur regard.
Revolution par Burt Glinn, produit par Magnum in motion.