Il y a certains drames qu'il vaut mieux ne pas vivre seul et ce long moment de solitude que fut King Kong
ne fait pas exception à la règle. Seul, qui croire ? Untel s'était levé
avant la fin quand d'autres applaudirent avec ce mélange de frénésie
consumériste satisfaite et de gêne devant le peu d'entrain populaire
suscité par leur soudain engouement... A l'évidence, la foule unanime
qui se pressait aux portes de la salle trois heures auparavant semblait
bien partagée au terme du film. Si la résurrection d'un monstre sacré
de huit mètres avait de quoi déplacer les foules, les regards complices
échangés avec ma voisine confirmèrent ce que trois heures de films
n'avaient cessé d'exposer aux yeux de tous : en 2005 Kong ne régnait
plus sur la jungle sauvage, mais sur un empire marketing sans âmes, ni
talent.
Alors
oui, Kong est une réussite d'imagerie synthétique, de même que New York
1930 est plutôt bien rendu, mais sans dresser un inventaire exhaustif
de mes doléances de spectateur, vous aurez compris qu'il manque au King
Kong de Peter Jackson ce petit plus qui nous avais emporté avec Sam,
Frodon et quelques autres jusqu'en Mordor. Cette fois, tout en haut de
la seule et unique tour du film, Naomi Watts est en pleurs, Kong est
mort... Adrian Brody n'est pas loin, il saura la consoler. De l'autre
côté de l'écran, c'est sans grande émotion mais avec un soupir de
soulagement que l'on assiste au base jump involontaire du roi. Ouf il
était temps...
Je m'étais promis hier soir en rentrant d'écrire une note sur le dernier film de Steve Buscemi, Lonesome Jim. Et puis, la fatigue et l'intégrale de la troisième saison de Sex and the City aidant, je me suis courageusement résolu à remettre au lendemain ce que j'aurai pu faire le soir même.
Sans
se perdre dans les mailles de fils scénaristiques convenus, Buscemi
n'épargne rien au spectateur de la réalité du quotidien et de ses
horreurs banales. Ainsi Jim à son frère "Tu gagnes à peine le SMIC à 32 balais... Je suis peut être un raté, mais toi t'es une foutue tragédie", ou dans un instant vérité avec sa mère : "il y a peut être des gens qui ne devraient pas être parents". Sourires et silences gênés, car n'attendez pas de scènes de ménage, de crises ou de péripéties, Lonesome Jim est à la manière du Combat ordinaire
de Manu Larcenet, l'histoire d'un homme fatigué, d'une fille patiente,
d'horreurs banales et d'une mère pénible. Moins cynique que Chris Ware
dans Jimmy Corrigan, Buscemi évite l'écueil d'une longue
complainte solitaire et se joue au contraire de ses personnages avec
une tendresse cruelle offrant un spectacle à la fois désespérément
tragique et pourtant tellement surréaliste qu'il en devient drôle. Et
puis il y a Liv Tyler qui sous les traits d'une américaine moyenne,
pleine de coeur sans être très intelligente, montre la voie d'un
bonheur sincère et simple sans happy end ni coups d'éclat. Le coeur de Lonesome Jim est là.L'excellente chronique de TéléramaLe site du film
Comme
trop souvent, j'avais tout entendu sur ce film, du pire au meilleur.
Chef d'oeuvre pour les uns, déception pour les autres, le Woody Allen
se savoure chaque fois comme les grands vins, avec un mélange de
plaisir et d'appréhension. Exit Manhattan et le cadre américain
traditionnel de ses films, l'action de Match Point se déroule outre manche, en Angleterre en plein coeur de la haute société britannique.
Au détour de la traditionnelle réunion dominicale, Chris croise le chemin de Nola Rice
(Scarlett Johansson), compagne de Tom, dans une improbable partie de
ping pong, où l'un l'autre au jeu des sous-entendus se révèlent bien
vite leur attirance réciproque. Le schéma traditionnel de l'amour
routine miné par le goût de l'interdit et du pourquoi pas se met alors
en place jusqu'au "salvateur" adultère. Pris dans les contradictions de
leurs carcans sociaux respectifs et du jeu des classes qui leur est
imposé, nos deux amants se perdent. Elle, dans sa rupture avec Tom et
lui, dans l'amour planplan d'une inexistante (ou éteinte) passion, que
l'enfant tant désiré par Chloé ne fera qu'entretenir au rythme
sexuellement mécanique des périodes d'ovulation de madame.
Match Point
est une oeuvre déroutante dont il ne faut pas chercher la qualité dans
le sens strict d'une histoire, mais dans l'alchimie des rapports qui se
tissent entre les différents protagonistes tout au long du film. La fin
? Il n'en coûtera à Woody Allen qu'une fable policière volontairement
drôlatique, mais l'important n'est pas là. Le coeur du film est dans la
froide et sèche litanie que Chris Wilton oppose à ses morts, et dans
l'innocence souillée incarnée par Terence, l'enfant de Chloé. Enfin, si
Jonathan Rhys Meyers séduit par l'ambiguïté de son personnage, à la
fois arriviste et passionné jusqu'à l'extrême, il faut une nouvelle
fois souligner la performance de Scarlett Johansson tour à tour
sensuelle et séductrice, véritable femme fatale bien loin de
l'innocence infantilisante de The Island, mais aussi
profondément fragile et juste dans l'interprétation de son personnage.
Jeu, set et match donc pour Woody Allen qui totalise avec Match Point un de ses plus beau succès dans l'hexagone avec plus de 500.000 entrées.
C'était
le week-end, et après une semaine passablement chargée, je devais
passer à la Fnac taper un brin de causette avec d'anciens collègues. Et
puis, E. étant absente, je glisse côté livre puis côté musique où je
rencontre M. Nous parlons de Bob Dylan, du dvd de Scorcese (disponible
le 18 novembre), nous feuilletons l'indispensable must have
publié chez Fayard bourré de fac similé de places de concerts, flyers,
et autres textes de chansons griffonés au hasard des lieux de passage.
Nous évoquons ses Chroniques,
le temps passe, je retour au rayon disque. J'en saisis un, il me
fallait un cadeau (c'était en fait la raison première de ma venue), un autre aux accents jazzy oscillant entre reprises et créations trop inspirées, mais la voix m'accroche. J'ai deux amours, mon pays... et Paris, back in your own backyard, suivi de l'éternel The way you look tonight.
Mon analyse n'a peut être pas grand sens, mais peut être qu'à moins laissé les coudées libres à nos politiques, nous n'aurions pas à subir un matin comme un autre les retombées de leurs ambitions impérialistes. On hausse le niveau d'alerte de vigipirate pour calmer les masses, mais un groupe terroriste capable de coordonner de tels attentats ne sera sûrement pas assez stupide pour traverser la manche avec 5 bombes sous le bras direction Paris par l'Eurostar. Autant attendre que l'attention baisse. C'est un peu comme la roulette russe, une fois par an, à quand notre tour ? Et que faire en attendant ? En potentielle victime fréquentant quotidiennement la station Châtelet je dirai : rien. Comme le disait un anonyme, "je travaille à Roissy, je dois y aller", voilà, espérons. En tant que citoyen, la balle est peut être plus dans notre camp, un peu plus de conscience, un peu plus d'engagement et de réflexion, ce n'est pas une recette miracle, mais un premier pas. Quid des élections de 2002 ? Quid du référendum ?
quid des élections de 2007 ?
Rendez-vous donc dimanche prochain, ou à la rentrée littéraire avec le nouveau roman d'Ann Scott : Héroïne à paraître chez Flammarion. Chronique d'une double addiction sur les ruines d'une histoire fulgurantes entre "elle" et "toi". Une passion dévorante entre femmes, lorsque "tu" avais 30 ans et elle 13 de moins. Extase sexuelle, plaisir de l'héroïne, les retrouvailles 5 ans après ont le goût amer des longues années qu'il a fallu pour oublier, ou plutôt vivre avec. Du coup, lorsque "tu" reprends contact, c'est tout un mélange d'envie et d'appréhension qui au fil du temps se muent en incompréhension dans ses silences, un pas en avant, deux pas en arrière. Héroïne c'est l'histoire d'une chimère, de la douleur d'aimer à en perdre l'esprit, de la lente déliquescence d'une femme qui attend sans trop y croire le renouveau d'une passion, pour la (re)vivre encore une fois. Ecriture nerveuse, direct, le récit à posteriori tient le lecteur en haleine qui n'espère qu'une chose, que jamais cette histoire ne se réalise sans quoi tout le livre s'écroule. Le nouveau roman d'Ann Scott ne raconte pas d'histoires, il offre un instantané de passion ordinaire, presque trop intime, on lit sans oser continuer, cette histoire n'est pas la notre, mais la curiosité est là, et l'on attend la chute, un instantané donc, brut, peut être trop.
The L Word : le dimanche soir sur Canal+ 2 épisodes à partir de 20h55
Heroïne, Ann Scott, éditions Flammarion
Au fracas mental du vieil homme succède celui de la station, éternel chantier pour voyageurs endurcis. A Saint Michel on ne connait pas le repos de l'escalator moderne, on aimerait connaitre le plaisir de se laisser motoriser sur trois étages, mais la machine est capricieuse. Chaque jour un nouveau visage, trousse à outil en bandoulière s'affaire, la ratp s'excuse à longueur d'écrans pour la gêne occasionnée, mais qu'importe, même motorisé, nous courrons dans l'escalier, et puis nous ne lisons plus les écrans, sauf peut être pour constater un retard.
Dehors, c'est le même chantier. On construit, on ravale, on s'invente, on crée partout et tout le temps. Vieil homme, station, Paris, voici ma ville celle que j'aime, A l'heure où le news urbain diffusé dans le métro vante les mérites de "l'Art coach", sorte d'itinéraire prémaché dans l'art contemporain à la parisienne, j'observe mes oeuvres, j'arpente ma ville, semblable à hier, mais jamais similaire, toujours surprenante, toujours double, j'aime/je déteste, bruyante/silencieuse, belle et miséreuse. 15 juin, il pleut, à moi le sud.
Le carnet d'Hypnos fut enfoui en juillet 1944, lors de mon départ pour Alger, dans le mur intérieur d'une maison à demi démolie de Céreste. Je le retrouvai à mon retour , et en détruisis, pour des raisons personnelles, la plupart des pages. Un feuillet fut conservé comme témoin.
L'ouvrage parut en 1946 dans la collection Espoir, dirigée chez Gallimard par Albert Camus. A notre amitié est attaché le poème "De moment en moment", choisi par Camus alors que, parcourant le Vaucluse tous deux, il me demanda d'ouvrir avec ce poème La Postérité du soleil, livre illustré de photographies de Henriette Grindat, mais qui ne devait paraître qu'après la mort de Camus.
Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre ? Où mène-t'il pour nous solliciter si fort ? Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l'horizon de ces pierres dans le lointain miracle de la chaleur ? Nous sommes venus jusqu'ici car là où nous étions ce n'était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus, il a fallu partir... Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduits à un pays qui n'avait que son souffle pour escalader l'avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du Temps artiste, entre la mort et la beauté.
René Char, 1949.
- Le principal trait de mon caractère.
Le besoin d'être aimé et, pour préciser, le besoin d'être caressé et gâté bien plus que le besoin d'être admiré.
- La qualité que je désire chez un homme.
Des charmes féminins.
- La qualité que je désire chez une femme.
Des vertus d'homme et la franchise dans la camaraderie.
- Ce que j'apprécie le plus chez mes amis.
D'être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.
- Mon principal défaut.
Ne pas savoir, ne pas pouvoir "vouloir".
- Mon occupation préférée.
Aimer.
- Mon rêve de bonheur.
J'ai peur qu'il ne soit pas assez élevé, je n'ose pas le dire, j'ai peur de le détruire en le disant.
- Quel serait mon plus grand malheur.
Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.
- Ce que je voudrais être.
Moi, comme les gens que j'admire me voudraient.
Le pays où je désirerais vivre.
Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un
enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.
- La couleur que je préfère.
La beauté n'est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
- La fleur que j'aime.
La sienne- et après, toutes.
- L'oiseau que je préfère.
L'hirondelle.
- Mes auteurs favoris en prose.
Aujourd'hui Anatole France et Pierre Loti.
- Mes poètes préférés.
Baudelaire et Alfred de Vigny.
- Mes héros dans la fiction.
Hamlet.
- Mes héroïnes favorites dans la fiction.
Bérénice.
- Mes compositeurs préférés.
Beethoven, Wagner, Schumann.
- Mes peintres favoris.
Léonard de Vinci, Rembrandt.
- Mes héros dans la vie réelle.
M. Darlu, M. Boutroux.
- Mes héroïnes dans l'histoire.
Cléopâtre.
- Mes noms favoris.
Je n'en ai qu'un à la fois.
- Ce que je déteste par-dessus tout.
Ce qu'il y a de mal en moi.
- Caractères historiques que je méprise le plus.
Je ne suis pas assez instruit.
- Le fait militaire que j'admire le plus.
Mon volontariat !
- La réforme que j'estime le plus.
- Le don de la nature que je voudrais avoir.
La volonté, et des séductions.
- Comment j'aimerais mourir.
Meilleur - et aimé.
- État présent de mon esprit.
L'ennui d'avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions.
- Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence.
Celles que je comprends.
- Ma devise.
J'aurais trop peur qu'elle ne me porte malheur.
Voilà, le temps de me "désimpregner" des réponses du maitre, et hop, je me lance. Bon ce sera pas le même standing, mais j'aspire pas au prix Goncourt, ni à laisser derrière moi une oeuvre de plusieurs milliers de pages, donc vous serez indulgents, hein, promis ?